Posted by: Olivier De Los Bueis | 28 janvier 2008

RP : Super article sur Obertan

J’adore la PQR, les journalistes sont au contact des joueurs et des dirigeants chaque jour, ce qui leur permet d’en savoir un maximum, comme dans cet excellent article sur Gabriel Obertan signé Alain Goujon paru samedi dernier.


Obertan diamant à ciseler

:Alain Goujon

Jeudi soir au stade Chaban-Delmas rincé par des vannes célestes capricieuses. Ce Bordeaux-Saint-Etienne touche à sa fin. Quand Gabriel Obertan effectue sa rentrée pour les onze dernières minutes. En Ligue 1, cela ne lui était plus arrivé depuis le derby de la Garonne disputé le 2 décembre dernier. Il reste une poignée de minutes lorsqu’il s’enfuit à toutes enjambées pour un contre victorieux. Un trois contre un, le genre de situation assez atypique. Bellion et Wendel sont ses compagnons d’armes. Un seul défenseur face à eux, un jeu d’enfant. Le titi de Pantin donne un ultime coup de rein, dit tchao à Benalouane et frappe. Il échoue sur les mains fermes de Viviani. Catastrophe, comme si le ciel venait de lui tomber sur la tête. Pour l’instant, ce sont des sifflets sans concession. Même pour un gamin de 18 ans, l’indulgence n’existe plus.

Année de la confirmation. Dur à entendre, dur à vivre. Mais comme le répète à l’envie Laurent Blanc, l’échec fait partie de la vie du sportif de haut niveau. Gaby oh Gaby, nul ne sait si Alain Bashung lui a transmis son blues, mais il traîne le sien depuis plusieurs mois. Alors que son entrée chez les pros avait été fracassante, l’an passé sous la conduite de Ricardo, cette deuxième saison paraît plus compliquée. Il le reconnaît seulement du bout des lèvres : « La première année est celle de la découverte du monde professionnel. C’est vrai, j’ai réussi de bonnes rentrées. La deuxième, c’est celle de la confirmation. On est confronté à de nouvelles exigences. À moi de prouver que je peux tenir une place dans cette équipe. Attention, mon cas personnel passe bien après l’intérêt du collectif. Quand je vois les performances des uns et des autres et le classement, je ne revendique absolument rien ».
Une grosse bouffée d’humilité ne nuit jamais. C’est même la seule attitude à adopter lorsque les événements ne vous sont guère favorables. Car début janvier face à Quevilly (CFA) en 32e de finale de la coupe de France, Obertan avait hérité de deux occasions en or. La première acheva sa course sur le haut de la transversale, la seconde sur les mains du gardien. À l’évidence, il vit de plein fouet une crise de croissance et de confiance. Même s’il a du mal à se l’avouer. On attendait pourtant qu’il casse la baraque cette saison. Même son coach y croyait dur comme fer l’été dernier lorsqu’il lâcha cette phrase sibylline : « Et si la révélation, c’était Gaby ».

Diamant brut. Ce n’est que partie remise. Le gaillard est doué et talentueux. Seulement, c’est un diamant brut qu’il convient de sertir encore avant qu’il ne devienne un pur bijou. « J’ai 18 ans, se livre-t-il, voilà un an et demi que je suis dans le milieu, je ne suis pas encore arrivé à la fin de ma formation ». Son agent, Karim Djaziri qui défend aussi les intérêts de Karim Benzema, est convaincu de son éclosion, la saison prochaine. Alors, Gaby apprend le métier, les dures exigences qu’il réclame, et à vivre avec un temps de jeu ténu en Ligue 1. Pour l’heure, il n’a pu vraiment s’exprimer qu’en coupe UEFA et dans les coupes domestiques. Il a démontré ses immenses qualités avec trop de parcimonie pour le moment.
Ce qui ne l’empêche de prétendre à une place de titulaire, ce soir à Lorient où quelques titulaires ont besoin de souffler. « Quand on a mon âge, on veut tout jouer, assure ce vrai pur-sang. Alors, quand ce n’est pas le cas, ce n’est pas évident. Ce sont des moments difficiles pour un jeune. D’autant que j’ai le caractère d’une personne très perfectionniste. Lorsque je réalise mal un exercice demandé ou une phase de jeu, je réfléchis beaucoup. Par exemple, je ne suis jamais content de moi à la fin d’un entraînement ». On comprend mieux pourquoi que ce soit en compétition ou au Haillan, il traîne parfois la misère du monde sur son dos. Comme s’il n’était pas heureux de vivre l’instant présent. Une fausse idée, en fait, qu’il convient donc de corriger.

« Travailler plus ». Il est tellement perfectionniste qu’il ne supporte pas l’échec. Logique alors que son capital confiance s’érode aussi vite. À trop gamberger, à trop s’interroger, on finit par perdre ses moyens. Sur les conseils de son entourage, il consulte maintenant assez souvent le staff technique pour savoir s’il est dans le vrai ou pas. Après un long entretien avec Laurent Blanc ces dernières semaines, il a demandé à Jean-Louis Gasset de lui clarifier à nouveau les choses. On pensait ce jour-là que l’adjoint de Blanc voulait tancer vertement son élève, il n’en était rien. « Il s’est montré très direct avec moi, raconte ce titulaire du Bac littéraire avec mention assez bien. Il m’a dit qu’il attendait encore plus de moi, dans le travail, la concentration, mon efficacité devant le but et le replacement défensif. Ce dernier point, c’est mon péché mignon ».
Alors, laissons-lui le temps de mûrir, de devenir plus mature même s’il doit pâtir encore de quelques sifflets. Une façon aussi de se forger un solide caractère s’il traverse les épreuves du très haut niveau. À 18 ans, il intéresse déjà des clubs comme Manchester United et Chelsea. Sir Alex Ferguson prend parfois de ses nouvelles après de Laurent Blanc. « Je suis au courant, c’est flatteur, en rougirait-il presque. Aujourd’hui, je dois faire la part des choses. Mon objectif, c’est travailler encore plus et continuer ma progression ». Une profession de foi que personne ne contestera.

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